HTeuMeuLeu

James Victore – Revolution doesn’t exist. It’s you.

J'aime bien James Victore. Et dans cette conférence du mois dernier, j'aime particulièrement cette réponse (à 7:07) face à un argument que j'entends ou prononce parfois trop souvent :

Je donnais une conférence il y a quelques années. Il y avait des questions/réponses à la fin. Et j'étais particulièrement déchaîné ce jour là. Je parlais des gens assumant et défendant leur créativité. Et puis un jeune a levé la main dans le fond.

— J'ai une question ! M. Victore, j'entends bien ce que vous dites. Mais j'ai un loyer à payer.
— C'est une histoire intéressante. Comme tu t'appelles ?
— Thomas…
— Thomas. Voici ta pierre tombale : « Ci-gît Thomas. Il aurait fait du super travail, mais il avait un loyer à payer. »

Citation de James Victore.

On laisse nos situations s'imposer. Vous avez besoin d'une révolution. Thomas a besoin d'une révolution. Il n'avait probablement que trente ans et il avait déjà abandonné. Il était déjà abattu.

Voici une autre pierre tombale. « Ci-gît Thomas. Il aurait fait du super travail, mais son patron ne le laissait pas faire. »

L’imbécile et le cinglé

Il y a quelques semaines, j'ai tweeté un excellent article de la série « Dear Design Students » sur les développeurs et les designers. L'une des dernières phrases m'est particulièrement restée en tête :

Tout le monde pense que la personne en aval (plus proche de l'échéance) est un bloqueur, et tout le monde pense que la personne en amont est un trou du cul.

Ça m'a rappelé un sketch de George Carlin, « Idiot and maniac » :

George Carlin - Idiot and Maniac

Avez-vous déjà remarqué quand vous conduisez que n'importe qui roulant moins vite que vous est un imbécile, et n'importe qui roulant plus vite que vous est un cinglé.

Her Story

Cette semaine est sorti Her Story, un jeu iOS, PC et Mac rappelant la grande époque des FMV. Vous avez accès à une base de données vous permettant de visualiser des vidéos d'interrogatoires d'une femme. Le but est de comprendre son histoire. Vous saisissez un mot, et vous pouvez visualiser les cinq premières vidéos où ce mot est prononcé. À aucun moment on ne vous dira si vous êtes sur la bonne voie ou pas. J'adore la simplicité du concept. Et même si j'étais un peu perdu au tout début, je me suis vite pris au jeu. Et j'ai trouvé que c'était une formidable manière de raconter une histoire. Mon seul reproche est que j'ai eu l'impression d'avoir compris le gros de l'histoire en moins d'une heure.

Vivement les variables CSS !

En février dernier, Aaron Gustafson expliquait sur son blog que les variables CSS sont une mauvaise idée. Ses principaux arguments sont que le support est pour l'instant mauvais et que la syntaxe est atroce. Et il n'a pas totalement tort. Les variables CSS ne fonctionnent pour le moment que sur Firefox. Et voici à quoi ressemble la déclaration et l'utilisation d'une variable en CSS.

body {
	--main-color: #333;
}

h1 {
	color: var(--main-color);
}

Si vous êtes habitué à la syntaxe habituelle des pré-processeurs, c'est sûr que la syntaxe à base de double tirets et la fonction var() sont plutôt rebutantes. Et pourtant, ces derniers mois, je suis tombé sur plusieurs intégrations qui m'ont fait dire à chaque fois : vivement les variables CSS !

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Travailler avec de l’aluminium

La série d'articles « Dear Design Student » de Mule Design Studio est vraiment intéressante. Le dernier article en date, « Working  With Aluminium », l'est encore plus :

N'importe quelle discipline de design a une composante technique. Les designers graphiques ont besoin de l'imprimerie, les designers industriels ont besoin d'ingénierie, et les designers numériques ont besoin de code. Les designs élégants et efficaces prennent en compte les propriétés et limites de leurs matériaux. Les designers qui font de l'excellent travail étudient leurs matériaux pour comprendre les contraintes auxquelles ils répondent.

Allez regarder une vidéo de Jony Ive qui parle d'aluminium. Il adore clairement ce truc. Il a passé des heures à y penser et à expérimenter avec. Je parie que certains soirs il rentre chez lui et fait tomber des copeaux de métal en secouant son t-shirt. Personne ne lui dit que son enthousiasme pour la métallurgie implique qu'il devrait enfiler une combinaison et opérer un routeur CNC à l'usine. Il apprend ce qu'il doit apprendre pour obtenir le maximum de ses matériaux, et la qualité de son travail reflète ce soin et cette attention.

Cela devrait être votre attitude vis à vis du code en tant que designer. Apprenez tout ce que vous pouvez, et appliquez le constamment dans le but d'améliorer vos designs. Vous ne devez pas être un développeur pour y trouver un intérêt et y acquérir en compétences. Parfois avoir suffisamment de connaissances pour poser les bonnes questions est tout ce dont vous avez besoin. C'est votre responsabilité d'être impliqué dans la globalité du processus de design par tous les moyens possibles.

C’est facile

Le CommitStrip du jour fait mouche :

« Tout ça c'est bien mais j'ai rien compris, c'est trop compliqué ! »

Juger de ce qui est simple ou compliqué est très relatif. Par exemple je connais certains développeurs qui sont tellement à l'aise avec Vim qu'ils trouvent ça simple. La dernière fois que j'ai lancé Vim, je suis resté bloqué sans savoir quoi faire devant le premier écran et j'ai du chercher un tutoriel pour m'expliquer comment quitter la commande. Pourtant quand je lis Harry Roberts, j'ai vraiment l'impression que c'est simple.

L'exemple de Commit Strip m'a rappelé une autre bande dessinée, mais cette fois-ci de Penny Arcade, lors de la sortie du Fire Phone d'Amazon :

If I see something delightful, I'm delighted by it.

Le nouveau « Fire Phone » a une partie de son UI qui s'appelle « l'enchanteur ». Je ne pense pas que vous puissiez faire ça. Si je vois quelque chose d'enchanteur, j'en suis enchanté. Sans que vous n'ayez à me le dire. Je le sais immédiatement.

Dès que vous l'appelez ainsi, je suis mal à l'aise. Tout le truc devient vraiment suspect.

En décembre dernier, avec mes collègues, on a relancé Cher Papa Noël pour la quatrième année consécutive. Précédemment, l'accroche principale du site était :

Créez et partagez simplement vos listes d'idées de cadeaux de Noël.

Pour cette année, on a supprimé le « simplement ». D'une part, parce que ça rend la phrase plus simple. Mais surtout parce qu'en faisant tester le site, on s'est rendu compte que le site n'était pas si simple. Le site permet de créer des listes d'idées de cadeaux en y collant les URL de produits que vous avez copié ailleurs sur le web. Copier, coller, bim. Sauf qu'en faisant tester le site par nos proches, on s'est rendu compte que pour certains (moins familiers avec l'utilisation d'un ordinateur et du Web en général), un copier-coller et une URL, c'est déjà très compliqué. 

Alors on a supprimé le « simplement ». Ce n'est pas à nous de juger si le site est simple ou pas.

L'année dernière, Chris Coyier avait publié un article sur les mots à bannir dans l'écrit éducatif.

Je ne suis pas diplômé en Anglais, mais en tant qu'auteur et consommateur de tonnes d'écrits (principalement techniques) éducatifs, je remarque un certain nombre de mots et phrases qui reviennent souvent et n'ajoutent rien du tout à l'écriture. En réalité, ils peuvent même lui nuire.

« Évidemment », « simplement », « bien sûr », « clairement », « juste » ou « facile » font partie de la liste. Je suis probablement coupable d'utiliser ces expressions beaucoup trop souvent. Mais désormais, à chaque fois que je me surprends à employer l'un de ces termes dans un e-mail à un client ou dans un article, je reprends ma phrase et je la simplifie.

Essayez, vous aussi. Vous verrez, c'est facile.

5 ans

Il y a 5 ans, le 24 février 2010 à 15h53, je publiais mon premier tweet. Je suis plutôt mauvais pour fêter les anniversaires, mais celui-ci me tient à cœur. Des paroles de la chanson Wooden Nickles de Eels me sont revenues en tête aujourd'hui, et elles illustrent parfaitement mon état d'esprit :

thinking how things have turned out
i never would've guessed it this way

Mon compte Twitter a atteint les 10 000 abonnés la semaine dernière. C'est fou. Presque absurde, même. Je tweete. J'écris des articles. Je monte des projets. Je donne des conférences. Je vais bientôt me lancer dans de la formation.

C'est fou. Je n'aurais jamais pu m'imaginer faire tout ça. Je n'ai aucune idée de combien de temps je continuerais tout ça. Je n'ai aucune idée d'où tout ça va m'amener (si ça m'amène quelque part un jour). Mais je vais essayer de continuer de faire ce qui me plaît.

Merci à tous mes lecteurs et abonnés de m'accompagner dans cette étrange aventure.

Le nom des choses

Des discussions intéressantes ont émergé récemment sur la pertinence de la dénomination du métier d'intégrateur à travers des articles comme « Je ne suis pas développeur » (par STPo), « Front-end designer ou intégrateur ? » (par Éric Daspet) ou dans un document collaboratif (lancé par Marie Guillaumet).

J'ai un attachement personnel déraisonné pour le nom d'intégrateur. Mais à chaque fois que je lis des discussions sémantiques sur des termes de nos métiers, je ne peux pas m'empêcher de repenser à ces sages paroles de Richard Feynman.

R. P. Feynman on the difference between knowing the name of something and knowing something.

Un lundi, quand nos pères étaient au travail, nous autres enfants jouions dans un champ. Et l'un des enfants m'a dit : « Tu vois cet oiseau ? Quelle espèce d'oiseau est-ce que c'est ? » Et j'ai dit que je n'avais pas la moindre idée de quelle espèce d'oiseau il pouvait s'agir. Et il dit : « C'est une grive à gorge brune. Ton père ne t'apprend rien du tout ! » Mais c'était tout le contraire.

Il m'avait déjà tout appris. « Tu vois cet oiseau ? » me disait-il. « C'est une fauvette de Spencer » (il ne connaissait pas le vrai nom). « Et bien, en italien, c'est une Chutto Lapittida. En portugais, c'est un Bom da Peida. En chinois, c'est un Chung-long-tah, et en japonais, c'est un Katano tekeda. Tu peux apprendre le nom de cet oiseau dans toutes les langues du monde, mais quand tu auras fini, tu ne connaîtras absolument rien de cet oiseau. Tu en sauras seulement plus sur les humains à différents endroits, et comment ils nomment cet oiseau. Alors regardons cet oiseau et voyons ce qu'il fait — c'est ça qui compte. »

J'ai appris très tôt la différence entre savoir le nom de quelque chose et savoir quelque chose.

Je me fiche pas mal que mes collègues ou clients me désignent comme intégrateur, développeur front-end, monteur HTML ou développeur guichet. L'important, c'est qu'ils comprennent ce que je fais, là où mon métier commence, et là où il s'arrête. Et ça peut très bien varier d'un client à un autre, ou d'un projet à un autre.

Ma connexion de campagne

Depuis un peu plus d'un an, j'habite à la campagne. Le vacarme du ramassage des poubelles au réveil a été remplacé par le chant des oies et le meuglement des vaches. En contrepartie, j'ai dû troquer ma connexion ADSL citadine à 10 Mbits/s contre une connexion ADSL de campagne à 2 Mbit/s.

2 Mbit/s, c'est quand même pas mal. J'ai découvert le web avec une connexion 56 K, et j'ai grandi avec une connexion ADSL à 512 Kbit/s. À 2 Mbit/s, je peux télécharger presque 1 Go en une heure. (Avec une connexion 56 K, il m'aurait fallu plus de 2,5 jours.) C'est une connexion suffisante pour surfer sur le web dans des conditions convenables. Mais il y a quand même quelques inconvénients. Par exemple, dès que je veux regarder une vidéo en streaming. En dehors de Youtube et Vimeo, la plupart des lecteurs vidéo du web sont absolument atroces pour ma connexion. Par exemple ce matin, j'ai voulu regarder une vidéo chez Polygon vantant les graphismes d'un nouveau jeu Star Wars.

Voici ce que j'ai vu.

Une vidéo en bas débit chez Polygon

Autant dire que je ne trouve pas ces graphismes folichons. En forçant manuellement la vidéo en qualité élevée, j'étais déjà plus emballé. Mais j'ai du attendre près d'une minute pour que le lecteur ait téléchargé une dizaine de secondes. J'ai donc rapidement abandonné le visionnage de cette vidéo.

Là où ça se gâte, c'est quand la télévision (via ADSL) est allumée. Je passe alors d'un débit de 2 Mbits/s à 0,2 Mbits/s. Ça devient alors un tout autre monde. À 0,2 Mbit/s, il me faut environ quarante secondes pour charge une page d'un mégaoctet. Le web presque tout entier devient alors très, très lent. Quand il se charge. À 0,2 Mbits/s, n'importe quelle interface reposant lourdement sur du JavaScript devient tout simplement inutilisable. L'écran de chargement de Gmail me semble interminable. Je maudis les sites utilisant des polices personnalisées en CSS, car je suis condamné à regarder des pages sans aucun texte pendant qu'elles se chargent.

Je rencontre aussi parfois des surprises. Par exemple, le soir où Apple annonce le langage Swift et que je veux voir par simple curiosité à quoi ça ressemble, j'essaye de télécharger le livre de présentation sur iBooks.

Un téléchargement lent sur IBooks

« 2 heures » de téléchargement restant pour 308 Ko. Ça fait beaucoup. J'ai compris un peu plus tard pourquoi c'était si long. Au même moment, ma Wii U avait décidé de se mettre à jour. 2 Mbits/s moins la télé moins le téléchargement d'une mise à jour pour la Wii U égale plus grand chose pour le web.

Alors face à ça, je m'adapte. Je laisse des pages se charger en arrière-plan, et j'y retourne cinq minutes plus tard, en espérant que tout soit bien chargé. Mais là encore, je maudis certains sites qui forcent le rafraichissement des pages en utilisant une <meta http-equiv="refresh">. Je maudis aussi les sites qui utilisent un scroll infini plutôt qu'une pagination, parce que ça signifie que je suis condamné à regarder des contenus se charger, plutôt que de passer directement à la page suivante en arrière-plan. Et je maudis aussi les sites qui utilisent des scripts de lazyload pour des images (qui permettent de ne déclencher le chargement des images qu'une fois que l'utilisateur a scrollé jusqu'à leur niveau). Avec ma connexion de campagne, ça signifie que je dois encore une fois attendre devant mon écran que ces contenus se chargent.

Mais tout ça est en passe de changer ! En fin d'année dernière, j'ai découvert qu'Orange avait installé une antenne 4G à trois kilomètres de chez moi. Je suis alors aussitôt passé chez Sosh. J'avais pris un téléphone du boulot pour tester le débit en 4G. J'ai hurlé de joie en voyant le premier résultat sur SpeedTest.

31.57 Mbps en débit descendant.  18.93 Mbps en débit montant.

Malheureusement, mon iPhone 5 ne supporte pas la 4G française (à part sur les fréquences de Bouygues Telecom). Mais rien qu'en 3G+, j'ai déjà un débit dépassant les 8 Mbit/s. C'est déjà un grand pas en avant pour moi pour le moment. Et je changerais peut-être de téléphone dans le courant de l'année pour profiter de la 4G.

Alors pourquoi je raconte tout ça ? Parce que ça me fait beaucoup réfléchir sur les statistiques de débit que je peux lire et parfois communiquer à mes clients. Juste parce que j'ai une connexion théorique de 2 Mbit/s ne signifie pas que j'ai ces 2 Mbit/s de disponibles pour surfer sur le web. Même quand ma télévision n'est pas allumée, je suis quasiment en permanence sur Spotify, qui pompe forcément une partie de mon débit.

Ça me fait réfléchir aussi, parce que les bonnes pratiques de report de chargement de fichiers se révèlent en fait être un enfer avec un petit débit.

Et puis ça me fait réfléchir, parce que la connexion la plus rapide avec laquelle j'ai accès au web est désormais sur mon téléphone. J'utilise quasiment en permanence cette connexion partagée depuis mon téléphone sur mon ordinateur. Si mon forfait n'était pas limité en téléchargement (à 3 Go), j'aurais probablement déjà résilié mon abonnement ADSL.

 

Mom Itunes

J'ai découvert chez Khoi Vinh ce sketch de Tommy Johnagin qui aide sa mère à installer iTunes. J'ai ri tout haut à ce passage :

Elle m'a appelé une heure après. « J'ai téléchargé une chanson. Est-ce que c'est censé s'ouvrir dans Microsoft Works ? » Non, maman. Non, ce n'est pas censé s'ouvrir dans Microsoft Works. Je ne sais même pas comment tu as fait pour que cela se produise. Je ne suis pas suffisamment intelligent pour être suffisamment bête pour revenir à l'envers et comprendre le nombre de choses que tu as fait de travers pour ouvrir une chanson dans Microsoft Works. Bill Gates ne pouvait pas ouvrir une chanson dans Microsoft Works. Le nombre de fois où ton ordinateur a du te dire « Êtes-vous sûr ? ». Et en toute confiance : « Oui ! Pourquoi est-ce que tu continues à demander ? ». L'ordinateur doit se dire « je ne pense pas que nous sommes censés être là Madame ».

J'aime beaucoup l'expression « être suffisamment intelligent pour être suffisamment bête ». Aussi je ne sais pas si c'est une erreur ou du génie, mais le sketch en question dans son album s'intitule « Mom Itunes ». Je penche pour la seconde option.