HTeuMeuLeu

5 ans

Il y a 5 ans, le 24 février 2010 à 15h53, je publiais mon premier tweet. Je suis plutôt mauvais pour fêter les anniversaires, mais celui-ci me tient à cœur. Des paroles de la chanson Wooden Nickles de Eels me sont revenues en tête aujourd'hui, et elles illustrent parfaitement mon état d'esprit :

thinking how things have turned out
i never would've guessed it this way

Mon compte Twitter a atteint les 10 000 abonnés la semaine dernière. C'est fou. Presque absurde, même. Je tweete. J'écris des articles. Je monte des projets. Je donne des conférences. Je vais bientôt me lancer dans de la formation.

C'est fou. Je n'aurais jamais pu m'imaginer faire tout ça. Je n'ai aucune idée de combien de temps je continuerais tout ça. Je n'ai aucune idée d'où tout ça va m'amener (si ça m'amène quelque part un jour). Mais je vais essayer de continuer de faire ce qui me plaît.

Merci à tous mes lecteurs et abonnés de m'accompagner dans cette étrange aventure.

Le nom des choses

Des discussions intéressantes ont émergé récemment sur la pertinence de la dénomination du métier d'intégrateur à travers des articles comme « Je ne suis pas développeur » (par STPo), « Front-end designer ou intégrateur ? » (par Éric Daspet) ou dans un document collaboratif (lancé par Marie Guillaumet).

J'ai un attachement personnel déraisonné pour le nom d'intégrateur. Mais à chaque fois que je lis des discussions sémantiques sur des termes de nos métiers, je ne peux pas m'empêcher de repenser à ces sages paroles de Richard Feynman.

R. P. Feynman on the difference between knowing the name of something and knowing something.

Un lundi, quand nos pères étaient au travail, nous autres enfants jouions dans un champ. Et l'un des enfants m'a dit : « Tu vois cet oiseau ? Quelle espèce d'oiseau est-ce que c'est ? » Et j'ai dit que je n'avais pas la moindre idée de quelle espèce d'oiseau il pouvait s'agir. Et il dit : « C'est une grive à gorge brune. Ton père ne t'apprend rien du tout ! » Mais c'était tout le contraire.

Il m'avait déjà tout appris. « Tu vois cet oiseau ? » me disait-il. « C'est une fauvette de Spencer » (il ne connaissait pas le vrai nom). « Et bien, en italien, c'est une Chutto Lapittida. En portugais, c'est un Bom da Peida. En chinois, c'est un Chung-long-tah, et en japonais, c'est un Katano tekeda. Tu peux apprendre le nom de cet oiseau dans toutes les langues du monde, mais quand tu auras fini, tu ne connaîtras absolument rien de cet oiseau. Tu en sauras seulement plus sur les humains à différents endroits, et comment ils nomment cet oiseau. Alors regardons cet oiseau et voyons ce qu'il fait — c'est ça qui compte. »

J'ai appris très tôt la différence entre savoir le nom de quelque chose et savoir quelque chose.

Je me fiche pas mal que mes collègues ou clients me désignent comme intégrateur, développeur front-end, monteur HTML ou développeur guichet. L'important, c'est qu'ils comprennent ce que je fais, là où mon métier commence, et là où il s'arrête. Et ça peut très bien varier d'un client à un autre, ou d'un projet à un autre.

Ma connexion de campagne

Depuis un peu plus d'un an, j'habite à la campagne. Le vacarme du ramassage des poubelles au réveil a été remplacé par le chant des oies et le meuglement des vaches. En contrepartie, j'ai dû troquer ma connexion ADSL citadine à 10 Mbits/s contre une connexion ADSL de campagne à 2 Mbit/s.

2 Mbit/s, c'est quand même pas mal. J'ai découvert le web avec une connexion 56 K, et j'ai grandi avec une connexion ADSL à 512 Kbit/s. À 2 Mbit/s, je peux télécharger presque 1 Go en une heure. (Avec une connexion 56 K, il m'aurait fallu plus de 2,5 jours.) C'est une connexion suffisante pour surfer sur le web dans des conditions convenables. Mais il y a quand même quelques inconvénients. Par exemple, dès que je veux regarder une vidéo en streaming. En dehors de Youtube et Vimeo, la plupart des lecteurs vidéo du web sont absolument atroces pour ma connexion. Par exemple ce matin, j'ai voulu regarder une vidéo chez Polygon vantant les graphismes d'un nouveau jeu Star Wars.

Voici ce que j'ai vu.

Une vidéo en bas débit chez Polygon

Autant dire que je ne trouve pas ces graphismes folichons. En forçant manuellement la vidéo en qualité élevée, j'étais déjà plus emballé. Mais j'ai du attendre près d'une minute pour que le lecteur ait téléchargé une dizaine de secondes. J'ai donc rapidement abandonné le visionnage de cette vidéo.

Là où ça se gâte, c'est quand la télévision (via ADSL) est allumée. Je passe alors d'un débit de 2 Mbits/s à 0,2 Mbits/s. Ça devient alors un tout autre monde. À 0,2 Mbit/s, il me faut environ quarante secondes pour charge une page d'un mégaoctet. Le web presque tout entier devient alors très, très lent. Quand il se charge. À 0,2 Mbits/s, n'importe quelle interface reposant lourdement sur du JavaScript devient tout simplement inutilisable. L'écran de chargement de Gmail me semble interminable. Je maudis les sites utilisant des polices personnalisées en CSS, car je suis condamné à regarder des pages sans aucun texte pendant qu'elles se chargent.

Je rencontre aussi parfois des surprises. Par exemple, le soir où Apple annonce le langage Swift et que je veux voir par simple curiosité à quoi ça ressemble, j'essaye de télécharger le livre de présentation sur iBooks.

Un téléchargement lent sur IBooks

« 2 heures » de téléchargement restant pour 308 Ko. Ça fait beaucoup. J'ai compris un peu plus tard pourquoi c'était si long. Au même moment, ma Wii U avait décidé de se mettre à jour. 2 Mbits/s moins la télé moins le téléchargement d'une mise à jour pour la Wii U égale plus grand chose pour le web.

Alors face à ça, je m'adapte. Je laisse des pages se charger en arrière-plan, et j'y retourne cinq minutes plus tard, en espérant que tout soit bien chargé. Mais là encore, je maudis certains sites qui forcent le rafraichissement des pages en utilisant une <meta http-equiv="refresh">. Je maudis aussi les sites qui utilisent un scroll infini plutôt qu'une pagination, parce que ça signifie que je suis condamné à regarder des contenus se charger, plutôt que de passer directement à la page suivante en arrière-plan. Et je maudis aussi les sites qui utilisent des scripts de lazyload pour des images (qui permettent de ne déclencher le chargement des images qu'une fois que l'utilisateur a scrollé jusqu'à leur niveau). Avec ma connexion de campagne, ça signifie que je dois encore une fois attendre devant mon écran que ces contenus se chargent.

Mais tout ça est en passe de changer ! En fin d'année dernière, j'ai découvert qu'Orange avait installé une antenne 4G à trois kilomètres de chez moi. Je suis alors aussitôt passé chez Sosh. J'avais pris un téléphone du boulot pour tester le débit en 4G. J'ai hurlé de joie en voyant le premier résultat sur SpeedTest.

31.57 Mbps en débit descendant.  18.93 Mbps en débit montant.

Malheureusement, mon iPhone 5 ne supporte pas la 4G française (à part sur les fréquences de Bouygues Telecom). Mais rien qu'en 3G+, j'ai déjà un débit dépassant les 8 Mbit/s. C'est déjà un grand pas en avant pour moi pour le moment. Et je changerais peut-être de téléphone dans le courant de l'année pour profiter de la 4G.

Alors pourquoi je raconte tout ça ? Parce que ça me fait beaucoup réfléchir sur les statistiques de débit que je peux lire et parfois communiquer à mes clients. Juste parce que j'ai une connexion théorique de 2 Mbit/s ne signifie pas que j'ai ces 2 Mbit/s de disponibles pour surfer sur le web. Même quand ma télévision n'est pas allumée, je suis quasiment en permanence sur Spotify, qui pompe forcément une partie de mon débit.

Ça me fait réfléchir aussi, parce que les bonnes pratiques de report de chargement de fichiers se révèlent en fait être un enfer avec un petit débit.

Et puis ça me fait réfléchir, parce que la connexion la plus rapide avec laquelle j'ai accès au web est désormais sur mon téléphone. J'utilise quasiment en permanence cette connexion partagée depuis mon téléphone sur mon ordinateur. Si mon forfait n'était pas limité en téléchargement (à 3 Go), j'aurais probablement déjà résilié mon abonnement ADSL.

 

Mom Itunes

J'ai découvert chez Khoi Vinh ce sketch de Tommy Johnagin qui aide sa mère à installer iTunes. J'ai ri tout haut à ce passage :

Elle m'a appelé une heure après. « J'ai téléchargé une chanson. Est-ce que c'est censé s'ouvrir dans Microsoft Works ? » Non, maman. Non, ce n'est pas censé s'ouvrir dans Microsoft Works. Je ne sais même pas comment tu as fait pour que cela se produise. Je ne suis pas suffisamment intelligent pour être suffisamment bête pour revenir à l'envers et comprendre le nombre de choses que tu as fait de travers pour ouvrir une chanson dans Microsoft Works. Bill Gates ne pouvait pas ouvrir une chanson dans Microsoft Works. Le nombre de fois où ton ordinateur a du te dire « Êtes-vous sûr ? ». Et en toute confiance : « Oui ! Pourquoi est-ce que tu continues à demander ? ». L'ordinateur doit se dire « je ne pense pas que nous sommes censés être là Madame ».

J'aime beaucoup l'expression « être suffisamment intelligent pour être suffisamment bête ». Aussi je ne sais pas si c'est une erreur ou du génie, mais le sketch en question dans son album s'intitule « Mom Itunes ». Je penche pour la seconde option.

Retour sur 24 jours de web, édition 2014

En décembre dernier, j'ai lancé la troisième édition de 24 jours de web, « le calendrier de l'avent des gens qui font le web d'après ». J'ai déjà donné quelques détails sur l'intégration du site. J'avais aussi écrit un compte rendu de l'édition 2012, mais rien sur l'édition 2013. Voici quelques remarques personnelles sur cette dernière édition et sur le projet en général.

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Non, Apple, tu n’es pas Charlie

Les attentats perpétrés ce mercredi 7 janvier à Paris m'ont laissé sans voix. Je n'ai aucune idée de comment réagir face à ce genre de situation. Je regarde les chaînes d'infos en boucle. Je lis et relis des articles sur tous les sites d'information ressassant les mêmes informations. Comme si j'avais besoin de me rappeler que c'était bien arrivé.

Néanmoins, je trouve un certain réconfort à observer des rassemblements, un peu partout dans le monde ou en ligne, souvent derrière le slogan « Je suis Charlie ». Mais je n'ose pas prononcer ce slogan pour autant. Parce que si je suis pour la liberté d'expression, je n'ai jamais œuvré pour sa défense. Je n'ai jamais acheté le moindre exemplaire de Charlie Hebdo. Et je ne me suis encore moins battu pour pouvoir librement publier mes idées.

Charlie, oui. Et des journalistes, dessinateurs, et policiers assurant leur protection sont morts pour ça. Je n'ai pas le millionième de courage et de valeurs que ces gens avaient.

Ce matin, je lis que le site français d'Apple arbore fièrement une bannière avec le slogan « Je suis Charlie ». Et ça me met hors de moi.

Je suis Charlie sur le site d'Apple

Il y a une page Wikipédia recensant quelques exemples de censures opérées par Apple. Le plus approprié à vous donner est le suivant :

En décembre 2009, Apple a banni une application de dessins humoristiques appelée NewsToons par le dessinateur Mark Fiore, sur les motifs qu'elle « ridiculisait des personnalités publiques ».

En avril 2010, Fiore a gagné le prix Pulitzer pour ses dessins satiriques politiques, rentrant dans l'Histoire comme le tout premier dessinateur publié uniquement sur Internet à gagner le prestigieux prix journalistique. Suite à un tollé général après que l'affaire ait fait grand bruit au lendemain de sa récompense, Apple a demandé à Fiore de resoumettre son application, et elle a cette fois-ci été acceptée.

Fiore déclara : « Bien sûr, mon application a été approuvée. Mais que se passe-t-il pour quelqu'un qui n'a pas gagné un Pulitzer et qui fait peut-être une meilleure application politique que la mienne ? Est-ce qu'il faut une frénésie médiatique pour qu'une application avec du contenu politique soit approuvée ? »

Cet exemple date d'il y a quelques années, et il avait fait grand bruit dans la presse généraliste. Mais il ne se passe pas une semaine sans que je ne lise un exemple du même genre. Encore ce matin, justement, je suis tombé sur ce tweet :

Notre application iOS a été rejetée de l'App Store parce qu'un lien de support va sur le web vers une FAQ où nous mentionnons que nous avons une application disponible sur Android.

Alors, non, Apple, tu n'es pas Charlie. Tu œuvres au quotidien contre la liberté d'expression pour défendre tes intérêts commerciaux. Je comprends que tu sois ému par ces attentats et que tu souhaites apporter ton soutien. Mais dans ce cas, il est peut-être temps de revoir ta politique de revue des contenus afin de défendre la liberté d'expression plutôt que la brider.

L’expérience après une commande

Le mois dernier, j'ai été missionné par le Père Noël pour trouver une poupée « Elsa Chantant » pour ma filleule. Après une recherche sur Google, j'ai rapidement décidé de passer commande sur le site de Toys“R”Us (qui m'assurait d'être livré dans les temps, vu que je ne m'y prenais pas du tout à la bourre…). Je n'avais jamais passé de commande sur le site, et j'ai été très agréablement surpris par la simplicité et la facilité d'achat sur le site. En effet, dès la page panier, le site de Toys“R”Us propose un bouton « Acheter avec Paypal » qui me redirige directement vers Paypal. Je n'ai alors eu qu'à me connecter à mon compte Paypal, et toutes mes coordonnées ont été récupérées. J'ai ainsi pu passer une commande sans avoir à me créer de compte chez Toys“R”Us, ce qui est vraiment pratique dans ce genre de cas où je ne compte pas refaire d'achat.

À ce moment précis, j'étais un client totalement satisfait. Mais je ne sais pas si je peux en dire autant pour tout ce qui a suivi ma commande, hors du site, à travers les différents e‑mails reçus. Et en y repensant, j'ai l'impression que mon expérience est assez représentative de ce qui se passe pour un client après une commande en ligne. Cet article n'a donc rien du tout de personnel contre Toys“R”Us. Je tenais plutôt à partager quelques remarques et réflexions.

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Quelques détails sur l’intégration de 24 jours de web

Pour la troisième année consécutive, mon mois de décembre est rythmé par 24 jours de web (le « calendrier de l'avent des gens qui font le web d'après » dont j'avais parlé ici en 2012 et 2013). Le mois dernier, j'ai un peu retravaillé l'intégration du site, en particulier la page d'accueil et sa vue en calendrier. Voici des détails sur quelques points sur lesquels j'ai porté mon attention pour cette mise à jour.

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« Regarde toutes les minorités »

Le mois dernier, je suis tombé via Twitter sur cette excellente conférence TED de Maysoon Zayid, une comédienne atteinte de paralysie cérébrale qui raconte son parcours face au ressenti de son handicap. C'est vraiment l'une des meilleures conférences TED que j'ai regardé ces dernières années. Voici quelques morceaux choisis :

S'il y avait des Jeux Olympiques de l'Oppression, je gagnerais la médaille d'or. Je suis Palestinienne, Musulmane, je suis une femme, je suis invalide, et je vis dans le New Jersey. […]

J'ai eu une bourse pour l'Université d'État d'Arizona, parce que je remplissais chacun des quotas. […]

Les gens avec des handicaps constituent la plus grande minorité au monde, et nous sommes les plus sous-représentés dans le spectacle. […]

En l'écoutant, ça m'a rappelé un sketch de Louis C.K. (qui avait fait le tour du web en image) :

J'ai lu quelque chose dans le journal qui m'a vraiment embrouillé l'autre jour. Ça disait que 80 % des habitants de New York sont des minorités…

Est-ce qu'on ne devrait pas arrêter de les appeler « minorités » quand elles représentent 80 % de la population ? C'est vraiment une attitude de blanc, vous voyez. Vous pourriez emmener un homme blanc en Afrique, et il vous dirait « Regarde toutes les minorités qu'ils ont ici ! ».

Cela m'amène à un projet qui m'occupe actuellement. J'ai commencé à travailler sur le lancement d'un nouveau site pour un client. J'ai regardé les statistiques d'un autre site du même client, et voici ce que j'ai vu :

Position Navigateurs Pages vues
1. Microsoft Internet Explorer 11 12,8%
2. Mobile Safari 7.0 10,3%
3. Microsoft Internet Explorer 9 8,2%
4. Microsoft Internet Explorer 10 6,6%
5. Google Chrome 36.0 5,4%
6. Microsoft Internet Explorer 8 5,3%
7. None 4,4%
8. Android Browser 4.0 3,7%
9. Google Chrome 37.0 3,3%
10. Mozilla Firefox 31.0 2,9%
11. Google Chrome 32.0 2,0%
12. Google Chrome 35.0 2,0%
13. Safari (unknown version) 2,0%
14. Google Chrome 31.0 1,7%
15. Mozilla Firefox 30.0 1,6%
16. Google Chrome 33.0 1,5%
17. Mobile Safari 6.0 1,5%
18. Mozilla Firefox 26.0 1,4%
19. Mozilla Firefox 32.0 1,4%
20. Google Chrome 34.0 1,0%

Regardez toutes ces minorités ! Aucune version de navigateur ne dépasse les 13 % d'utilisation. Même constat avec les différentes résolutions d'écran, où la plus courante (1024x768) ne représente que 14,3 % d'utilisation. Et tout ça, c'est sur près de deux millions de pages vues le mois dernier.

Je me suis toujours intéressé de près aux statistiques des navigateurs. Et ça me fascine toujours autant de voir à quel point, en à peine dix ans, nous sommes passés d'un marché monopolistique composé majoritairement d'utilisateurs d'Internet Explorer 6 sous Windows XP en 1024x768, à un marché composé d'un ensemble de minorités.

En juin dernier, Fiona Taylor Gorringe soulevait une question intéressante sur son blog : « 3 % des utilisateurs naviguent avec IE9 et 14 % des utilisateurs ont un handicap. Pourquoi on ne se préoccupe seulement que des premiers ? ». Je ne dirais pas qu'on se préoccupe « seulement » des vieux navigateurs et jamais des utilisateurs avec un handicap. Mais j'ai clairement bien plus de demande explicite pour ces premiers que ces derniers. C'est un peu une « attitude de blanc » appliquée au web. Mais les minorités sur le web ne sont plus forcément celles qu'on croit.

Retour sur ma conférence à Paris Web 2014

La semaine dernière se sont déroulées les conférences de Paris Web. Cet événement tient une place toute particulière dans mon coeur parce que c'est là-bas, il y a à peine deux ans, que j'ai donné mon tout premier lightning talk en public. Depuis, j'ai poursuivi mon petit bonhomme de chemin en tant qu'orateur, de la Kiwi Party l'an dernier à Sud Web en mai dernier. Cette année, j'ai eu l'immense honneur d'être retenu pour donner une conférence de cinquante minutes sur l'intégration d'e-mails à Paris Web. C'était à la fois la conférence la plus importante que j'ai pu donner, mais aussi celle qui m'a le plus déçu. Voici mon retour d'expérience sur ma conférence à Paris Web 2014.

On me traite souvent de masochiste parce que je parle d'intégration d'e-mails. J'ai même ouvert un blog sur le sujet. Mais l'intégration d'e-mails est au coeur de presque chaque projet web (de newsletters commerciales à un e-mail de mot de passe oublié pour l'admin d'un blog). Et pourtant, l'intégration d'e-mails est considérée comme un sujet anecdotique, presque tabou, et que personne ne prend réellement au sérieux. J'avais déjà proposé une conférence sur le sujet à Paris Web en 2013, en vain. N'ayant pas particulièrement d'autre sujet en tête ou me tenant à coeur cette année, j'ai re-proposé la même chose. Et j'ai été retenu.

J'étais alors particulièrement enthousiaste. « Ça y est », me suis-je dit, je vais enfin pouvoir mettre au grand jour tous les problèmes qui entourent l'intégration d'e-mails. Et avec un public comme celui de Paris Web, composé de représentants de tous horizons (W3C, fabricants de navigateurs, grosses boîtes en tout genre), c'est l'occasion idéale pour tenter de faire prendre conscience du problème, et quitte à rêver encore un peu plus, pour initialiser un changement. J'étais d'autant plus ravi quand lors de l'annonce du programme des conférences Paris Web, j'ai découvert que j'aurais l'honneur d'être dans la plus grande salle. C'est le coup de projecteur rêvé pour tenter de faire quelque chose.

J'ai donc commencé petit à petit en juin dernier à rassembler mes notes, mes idées, les horreurs que je peux rencontrer parfois en intégrant ou en recevant des e-mails. Et puis je me suis réellement lancé dans la préparation de ma présentation en septembre dernier. Et c'est à partir de là que ça s'est gâté. Fin septembre, j'ai reçu un e-mail d'un membre de l'équipe de Paris Web m'informant que l'oratrice prévue en même temps que moi ne pouvait plus venir. Ils ont réussi à trouver un remplaçant, mais comme il est anglophone, il faudra qu'il occupe la plus grande salle, qui est équipée pour une traduction audio simultanée. « Crotte », me suis-je dit. Et comme si ça ne suffisait pas, l'orateur en question n'est autre que Vitaly Friedman, le papa de Smashing Magazine, qui venait parler de bonnes pratiques du responsive. « Double crotte », me suis-je dit. Non seulement j'étais relégué dans la plus petite salle. Mais en plus j'allais avoir en face de moi une immense star internationale pour parler d'un sujet autrement plus attrayant que l'intégration d'e-mails.

J'ai poursuivi la préparation de ma présentation, en restant sur mon idée principale de faire une conférence pas trop technique, visant surtout à sensibiliser sur le sujet et toutes ses problématiques. J'ai aussi essayé de rendre ça un minimum divertissant, en y ajoutant des extraits d'un de mes films préférés (j'ai dépensé sans compter). Je me dit toujours que quitte à prendre cinquante minutes à des gens, autant essayer de leur faire passer un moment agréable. Au moins, même s'ils n'apprennent rien, ils ne trouveront pas ça complètement nul.

La première répétition devant mes collègues lundi dernier fut pénible. Je n'étais clairement pas prêt. Et surtout, je tenais tout juste une trentaine de minutes. J'ai passé les deux jours qu'il me restait à retravailler tout ça. Au total, j'ai dû passer l'équivalent de six jours (soit une bonne quarantaine d'heures) à préparer cette conférence.

Le jour J arriva. En parcourant mes slides tout seul dans ma chambre d'hôtel le matin même, je me suis senti prêt. Je tenais la conférence que j'avais envie de donner. J'étais planifié pour passer en deuxième l'après-midi. J'ai choisi d'assister à la conférence me précédant dans la même salle. Autant dire que je n'ai rien suivi. Je repassais mes slides en boucle dans ma tête. Et puis je commençais petit à petit à stresser. La plus petite salle dans laquelle je me trouvais n'était finalement pas si petite. En regardant le public autour de moi, ça faisait quand même beaucoup de monde. « Est-ce que ces gens resterons pour ma conférence ? », me demandais-je. J'ai rapidement eu la réponse. Une fois la conférence terminée, la salle s'est vidée. Je suis monté sur scène pour tout préparer et vérifier que tout fonctionne bien. Et je contemplais la salle désespérément vide. « On attends encore une minute et tu peux commencer », m'a lancé un membre de l'équipe de Paris Web. « Ah ? Mais on attends pas qu'il y ait plus de monde ? En une minute il n'y aura pas beaucoup plus de monde ! » ai-je pensé naïvement. J'ai compté, et on devait à peine être une soixantaine. Je m'attendais à ce que Paris Web soit l'événement où je parle devant le plus de spectateur. C'est en fait devenu l'événement où j'ai parlé avec le moins de spectateur. Je ne me suis pas laissé décourager pour autant, et j'ai lancé mon premier slide. (Non sans ironie, j'avais prévu de démarrer ma conférence en expliquant que l'intégration d'e-mails est un sujet qui fait fuir les intégrateurs.)

Finalement, tout s'est bien passé. J'ai avalé mes 188 slides les uns après les autres. J'ai entendu les gens rire. Je pense en avoir entendu d'autres pleurer en découvrant certaines horreurs. Je n'ai pas eu l'impression de trop bafouiller. Je n'ai pas eu de trou de mémoire. Tout s'est bien passé.

Et puis est arrivée l'obligatoire séance de questions-réponses. Et c'est là qu'est intervenu Daniel Glazman, co-président du groupe de travail sur CSS au W3C. Secrètement, j'espérais qu'il soit présent. À la fin de ma conférence, j'évoquais une réunion de travail du W3C sur l'intégration d'e-mails qu'il avait dirigé en 2007. J'espérais qu'il puisse partager son expérience, et pourquoi pas raviver la flamme pour tenter de relancer quelque chose sur le sujet. Sauf que le discours qu'il a tenu m'a littéralement refroidi. Il a expliqué que les équipes de Microsoft qui travaillent sur le moteur de rendu d'Outlook sont totalement distinctes de celles qui travaillent sur le moteur de rendu d'Internet Explorer. Et les équipes d'Outlook n'ont strictement rien à cirer de la qualité de leur moteur de rendu HTML. Et le W3C n'a aucune légitimité à débattre sur des spécifications liées aux e-mails. Aussi, je suis bien gentil avec ma conférence et mon petit blog sur l'intégration d'e-mails, mais si je veux que les choses changent, il faut absolument que j'écrive en anglais et que je participe au groupe communautaire du W3C. « Soit », ai-je pensé. Je ne suis pas convaincu que les équipes du webmail de La Poste lisent souvent ce genre de ressources… « Merci d'avoir passé six jours pour rien à préparer tout ça. Tu peux rentrer chez toi avec l'assurance que rien ne bougera dans les dix prochaines années » ai-je retranscrit dans ma tête.

Une salle presque vide. Une ambition réduite au néant. Voilà comment ça s'est terminé. Peut-être que je m'étais un peu trop monté la tête, peut-être que je m'étais mis trop de pression, en m'imaginant que j'arriverais faire à bouger les choses… Ou peut-être pas.

Les vidéos de toutes les conférences de Paris Web ont été rendues disponibles en ligne dès le jour même. (Au passage j'en profite pour féliciter toute l'équipe de Paris Web qui réalise un travail colossal et profondément utile, tout ça bénévolement.) À ma grande surprise, ma conférence est en train de vivre une deuxième vie sur le web. Sur le site de Livestream, elle affiche déjà 1891 vues (soit la troisième plus vue après les lightning talks et l'excellente conférence de Christophe Porteneuve sur JavaScript). Et puis surtout, sur Twitter ou ailleurs, j'ai reçu des commentaires très positifs. Et notamment des remarques inattendues comme celle de PinGoo sur mon blog dédié à l'intégration d'e-mails :

Pour info, [ta conférence] a fait pas mal réfléchir nos chefs de projets sur le temps que l’on passait à vouloir faire du pixel perfect sur nos newsletters. Merci !

Il ne m'était même pas venu à l'esprit que des chefs de projet puissent être intéressés par ma conférence (et aussi que des boîtes vendent encore du pixel perfect, mais ça c'est une autre histoire).

Et puis pas plus tard que ce matin, j'ai vu passé ce tweet de David Rousset, évangéliste HTML5 chez Microsoft :

Grâce à l'excellente conf à Paris Web de HTeuMeuLeu, nous allons peut-être enfin améliorer nos newsletters Microsoft !

Bon, à choisir, je préférerais que Microsoft améliore le moteur de rendu HTML d'Outlook. Mais c'est déjà un bon début. Et peut-être que finalement je n'aurais pas fait tout ça pour rien…