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Merde à la pub

le Lundi 28 mai 2012 - Réfléxions - Aucun commentaire

Ce week-end, je suis tombé via Twitter sur une intervention chez Mediapart de Daniel Schneidermann, fondateur/directeur d'Arrêt sur Images :

Internet nous offre le luxe incroyable de nous permettre au moins de tenter d'être financé uniquement par ceux pour qui on travaille, c'est à dire nos lecteurs. C'est le luxe incroyable de pouvoir dire d'emblée "Merde aux investisseurs" et "Merde à la pub".

J'aimais beaucoup Arrêt sur Images lors de leur diffusion sur France 5. Je n'ai pas vraiment suivi leur aventure sur le web, mais je suis ravi de voir qu'ils s'en sortent bien avec un modèle économique d'abonnement payant, et pas en se reposant sur des bannières publicitaires.

Je suis persuadé que le nombre de bannières publicitaires influe directement négativement sur la qualité journalistique d'un site internet. La semaine dernière, Kelly Stewart imaginait sur son blog comment naissait les rumeurs sur les produits Apple, et je pense qu'on ne doit pas être loin de la vérité :

1. Il est 16h49 un vendredi.
2. Ils sont à quelques dizaines/centaines/milliers de pages vues près pour faire leur mois.
3. Ils écrivent un paquet de mensonges sur un produit fictif et pour ajouter un peu de crédibilité ils ajoutent la fameuse ligne "des sources familières avec le sujet".

Le problème des sites qui vivent uniquement de la publicité, c'est que leurs revenus dépendent plus du volume de pages affichées que de la qualité de leurs articles. Bien sûr, en écrivant de bons articles, le volume de pages affichées devrait suivre. Mais pas forcément autant qu'en écrivant un article inventé de toute pièce, ou un bon vieux troll des familles. Et surtout, en dépendant de la publicité, ces journalistes ont tout intérêt à ce que vous quittiez rapidement leur site via une publicité. Pas vraiment de quoi les inciter à faire leur travail.

J'ai vraiment le sentiment que se baser sur des bannières publicitaires pour gagner de l'argent, c'est le modèle économique du pauvre. Non pas parce que ça ne rapporte rien. Mais parce que c'est la solution de facilité, qui ne demande pas vraiment de réflexion à mettre en place, et qui ne présente pas vraiment de risque. Mais la plupart du temps je suis convaincu que ce n'est pas la meilleure solution.

La semaine dernière, je suis tombé sur la conférence "Better Revenue Through UX" qui illustre parfaitement ça. Melissa Matross est responsable Expérience Utilisateur chez HotWire, site comparateur de réservations de vols et d'hotels. Elle raconte son travail au sein de l'entreprise, et comment elle a réussi à retirer les bannières publicitaires en faveur d'une fonctionnalité plus subtile.

J'ai eu de la chance, et mon chef m'a dit quelque chose qui a vraiment fait écho en moi, et qui je pense a changé la direction de ma carrière : "Si tu veux te débarrasser des publicités, trouve un moyen pour remplacer les revenus".

C'est une déclaration plutôt simple, non ? Ça devrait être évident. Mais ça ne l'était pas Alors je me suis mise à y réfléchir, beaucoup. Je vais vous présenter d'abord la solution, puis comment j'ai décortiqué le problème.

La solution pour remplacer de la publicité

Voici à quoi ressemble l'outil qui a remplacé la publicité. Dans le coin en haut à droite, il y a cette petite boîte grise. C'est assez subtil. Ça dit "Comparez avec d'autres sites". Et on y trouve quelques cases à cocher vers nos concurrents. Certaines sont pré-cochées, d'autres pas. Quelque chose de vraiment simple, et qui ne vous saute pas au visage. Mais c'est quelque chose que nos clients ont adoré.

Comment ça marche ?

  1. L'utilisateur fait une recherche pour un vol, un hotel ou une voiture.
  2. Il voit des prix intéressants, et se dit "Laissez moi voir si ce sont vraiment de bons prix".
  3. Il remarque la boîte "Comparez avec d'autres sites" judicieusement placée au dessus des résultats de recherche.
  4. Il pense : "Hey c'est trop facile. Hotwire doit vraiment avoir les meilleurs prix puisqu'ils me permettent de comparer avec d'autres sites. Mais je vais quand même aller vérifier de toutes façons..."
  5. L'utilisateur coche en moyenne 3 cases et va vérifier sur les autres sites.
  6. Hotwire est payé pour chaque recherche effectuée sur les autres sites.

Je vous laisse regarder la conférence (seulement 15 minutes), mais il se trouve que ça a plutôt bien marché pour eux.

Si vous avez un site, un produit, une application, et que vous souhaitez le monétiser, réfléchissez à toutes les solutions qui s'offre à vous avant de vous jeter sur des bannières publicitaires.

Un navigateur Facebook

le Samedi 26 mai 2012 - Actualités - 5 commentaires

Hier, le site Pocket-lint rapportait que Facebook serait en négociation pour racheter Opera. Il ne s'agit que d'une rumeur, mais certains signes semblent confirmer que des négociations pourraient bien être en cours. Mais surtout, cette rumeur relance l'idée d'un navigateur Facebook.

Un navigateur Facebook

Si l'idée n'est pas nouvelle, elle refait surface régulièrement ces derniers temps. Le mois dernier chez CNET, Ben Parr expliquait pourquoi Facebook devrait lancer son propre navigateur :

Pensez-y une minute. En une seule mise à jour, Google pourrait transformer Chrome en sa propre version de Rockmelt. Il s'agirait d'un navigateur social qui mettrait Google+ au premier plan pour ses utilisateurs avant qu'ils n'aient la moindre chance de taper Facebook.com dans la barre d'adresse.

Vous pensez que Google ne le fera pas ? Ils ont déjà commencé à sortir des extensions qui intègrent Google+ dans Chrome. Je soupçonne que ces extensions sont juste des précurseurs de leur intégration dans Chrome.

J'ai un doute sur le fait que Google+ représente aujourd'hui la moindre menace pour Facebook. Mais vu l'insistence de Google à forcer Google+ dans la bouche de ses utilisateurs dans tous ses services, Google+ pourrait devenir une menace.

Là où je pense que Facebook pourrait bénéficier de son propre navigateur, c'est dans la compréhension de ses utilisateurs et la création de nouveaux services. J'ai le sentiment que Facebook arrive un peu au bout du concept de réseau social tel qu'ils l'avaient imaginé. Facebook doit désormais comprendre ce que fait l'internaute en dehors de Facebook. Si les boutons J'aime et autres widgets parsemés sur de nombreux sites leur permettent déjà de nous suivre à la trace, un navigateur Facebook pourrait récolter encore plus d'infos (de la même manière que Google Chrome récolte nos infos pour "améliorer leurs services"). L'idée d'un navigateur social n'est pas nouvelle, et les navigateurs Rockmelt ou le décédé Flock sont déjà passés par là.

Maintenant, j'ai des doutes concernant le rachat d'Opera. D'un point de vue stratégique pour Facebook, ce serait une excellente chose. Opera Mobile/Mini est le navigateur le plus utilisé au monde sur mobile, plus particulièrement en Asie. Là où ça se complique, c'est qu'Opera n'est pas juste un navigateur. C'est un ensemble de solutions professionnelles pour embarquer leur navigateur (comme par exemple avec Nintendo sur Wii et DS). Si Facebook rachète Opera, ils devront aussi s'occuper de ça, et je ne vois pas vraiment l'intérêt.

Mais surtout, le rachat d'Opera risquerait d'atteindre des sommes astronomiques. Le mois dernier, Facebook a racheté Instagram pour 1 milliard de dollars. Instagram, c'est 13 employés, et 30 millions de comptes enregistrés, et zéro euros de bénéfices. Opera, c'est plus de 750 employés, plus de 200 millions d'utilisateurs à travers le monde, et 80 millions d'euros de bénéfices. Même si Facebook veut se lancer de manière sérieuse et stratégique sur le marché des navigateurs, je ne vois pas comment ils pourraient racheter Opera.

Maintenant, un point intéressant que j'ai découvert en rédigeant cet article, c'est que le décédé navigateur Flock n'est plus tout à fait décédé. Depuis début avril, la page d'accueil de leur site affiche une mystérieuse citation de Mark Twain ("The rumors of my death have been greatly exaggerated."), suivi d'un "Stay tuned". Vu les tumultes de la vie du navigateur, un retour sous la même forme semble assez improbable. Mais à l'heure actuelle, et ce depuis leur rachat en janvier 2011, Flock est la propriété de Zynga. Zynga, c'est la plus grosse société de jeux sur réseaux sociaux, et qui a elle seule a contribué à 11% du chiffre d'affaires de Facebook en 2011. Un rachat de Flock par Facebook me semble alors beaucoup plus réaliste.

Personnellement, je me demande souvent quelles sociétés pourraient faire leur entrée sur le marché des navigateurs. Si je me dit qu'Adobe pourrait trouver sa place avec un navigateur orienté conception/design/intégration, Facebook semble un prétendant vraiment bien trouvé. Et avec un navigateur de qualité, Facebook pourrait vraiment facilement attirer ses utilisateurs, là où des navigateurs comme IE, Firefox et Safari ont beaucoup de mal à inviter directement de nouveaux utilisateurs. Et dans un futur hypothétique où Facebook sortirait un navigateur, et où ce navigateur rencontrerait un minimum de succès, j'ai bien peur que le grand perdant sur le marché ne soit Firefox. Si vous utilisez beaucoup les services de Google, vous avez tout intérêt à utiliser Google Chrome. Dans une moindre mesure, c'est également vrai pour Microsoft et IE, et pour Apple et Safari. Si vous utilisez beaucoup Facebook, vous aurez tout intérêt à utiliser un navigateur Facebook.

 

Très intéressante mini-conférence : comment une responsable UX a augmenté le CA de sa boite en supprimant les pubs http://t.co/VYrKZK5u

le 24 mai 2012 à 21:12 - permalien

La rétro-compatibilité

le Mercredi 23 mai 2012 - Réfléxions - 10 commentaires

Je crois que le truc qui me plaît et me fascine le plus dans l'intégration, c'est de savoir que ce que je code aujourd'hui fonctionnera encore demain. Et quand je dis demain, je veux dire dans 10, 20 ou 30 ans.  Je me suis fait la réflexion récemment en revisitant 2 de mes tous premiers sites perso encore en ligne (ici ou ), créés il y a exactement 10 ans.

Ces sites ont été créés à l'époque d'IE6, Netscape et Firebird, sous Frontpage 98, avec une connexion ADSL 512k chez Wanadoo. Mais ils tournent parfaitement aujourd'hui sur Chrome 19, Firefox 14, ou même sur Safari sur mon iPhone en 3G.

En comparaison, si vous avez développé une application sous Mac OS 9 il y a 11 ans, il n'y a quasiment aucune chance pour qu'elle fonctionne encore sous Mac OS aujourd'hui. La même chose est surement valable pour Windows. Et je ne parle même pas du fait que si vous avez gravé à l'époque vos applications sur CD-R, ces derniers sont très certainement périmés et inutilisables.

Sur le web, la rétro-compatibilité est possible grâce aux standards qui essayent de l'assurer dans toutes les spécifications. Et ça souligne bien à mon avis l'importance de ces standards. Il y a quelques mois, Nicolas Hoffmann relatait de manière amusante une conversation qu'il a eu lors du passage à IE7 chez l'un de ses clients, dont voici un court extrait :

— (s'adressant à moi) Vous devez être sous perfusion de stress ces temps-ci !
— Heu non, pas en particulier, pourquoi me dites-vous cela ?
— Bin avec la migration, ça tourne à la catastrophe chez nous.
— Quelle migration ???
— Bin on va passer à Internet Explorer 7, et c'est pas triste avec nos intranets.
— (interloqué) Et pourquoi donc ? Ça fait un bout de temps qu'il est sorti, ça marche plutôt bien, et honnêtement ça a pas changé grand chose par rapport au 6.
— Vous plaisantez ? Les intranets avec ActiveX ne fonctionnent plus correctement, on a des bugs de rendu, ça fait des mois et des mois qu'on bosse à cette migration, et on a problèmes sur problèmes !
— Ah bon ???

Si vous ne vous conformez pas aux standards, vous ne bénéficierez probablement pas de cette rétro-compatibilité. Si vous avez un site qui dépends fortement de Flash, Silverlight ou Real Player, vous commencez surement à en faire les frais.

Ce qui me fait sourire, c'est qu'il y a 10 ans, je ne me serais jamais imaginé pouvoir consulter les sites que je concevais sur des terminaux mobiles tactiles connectés en permanence à Internet. Et alors que le marché des navigateurs était constitué principalement de Microsoft et Netscape/Mozilla, je n'aurais probablement jamais suspecté qu'Apple puis Google entrent aussi sur le marché. Cela me laisse rêveur quant aux façons dont je naviguerais dans 10 ans sur les sites que je crée aujourd'hui. Et surtout, ça m'inspire ce slogan d'Hipster Intégrateur :

I code for browsers that don't even exist yet

Coda 2 sur Mac http://t.co/Un7xwTFo , et Coda Diet sur iPad http://t.co/iAaWk74B, disponibles le 24 mai (via @panic) #OHMYGOD

le 21 mai 2012 à 21:25 - permalien

Les statistiques des navigateurs

le Lundi 21 mai 2012 - Actualités - 1 commentaire

Aujourd'hui, de nombreux sites high-tech se sont empressés de reprendre l'information suivante : Chrome dépasse Internet Explorer et devient le navigateur le plus utilisé. Ce serait chouette si c'était vrai. Sauf que ça ne l'est pas.

Cette "information" se base sur les statistiques agrégées par le site StatCounter. Il fut un temps où je me basais volontiers sur leurs données, jusqu'à ce que je me rende compte qu'elles n'étaient pas toujours juste. En particulier en comparaison avec les données de leur principal concurrent, Net Applications, qui présente encore aujourd'hui Internet Explorer à 54% de parts de marché contre 18% pour Chrome. Pourquoi tant de différences ?

Il y a deux mois, Microsoft expliquait comment comprendre les statistiques de parts de marché des navigateurs. Ces données résultent de méthodologies différentes :

1. Les parts d'usage réel contre les non-usages pré-rendus. Depuis juin 2011 et Chrome 13, Chrome a commencé a faire du "pré-rendu" sur certaines pages web. Avec le pré-rendu, Chrome ouvre des onglets séparés basés sur des recherches sur Google.com ou dans l'Omnibox de Chrome qui sont invisibles pour l'utilisateur. Si l'utilisateur clique ces liens de recherche, alors l'onglet et la page seront affichés. Par contre, une certaine partie de ces liens ne sera jamais cliquée et l'utilisateur ne les verra jamais - restant alors invisibles pour lui et alors ne comptant pas vraiment comme de réelles pages vues. Le mois dernier, Net Applications a commencé à retirer le trafic pré-rendu de Chrome de ses statistiques, en signalant que le "pré-rendu en février 2012 représentait 4,3% des visiteurs uniques quotidiens de Chrome". [à noter que depuis cet article, StatCounter à également suivi le pas et ajusté ces mesures de données pour Chrome]

2. La balance géographique de l'utilisation des navigateurs basée sur les populations Internet du monde réel. La plupart des sociétés d'analyses qui mesurent l'utilisation des navigateurs font ça sur un réseau de sites partenaires qui les aide à obtenir ces données, mais un seul – Net Applications – fait une "balance géographique" de ces données. Comme Net Application l'explique :

Les données de Net Market Share sont ajustées par pays. Nous comparons notre trafic aux mesures du Trafic Internet par Pays de la CIA, and nous ajustons nos données en conséquence. Par exemple, si nos données mondiales montrent que le Brésil représente 2% de notre traffic, et que les données de la CIA montrent que le Brésil représente 4% du trafic Internet mondial, nous compterons chaque visiteur unique du Brésil en double. Ceci est fait pour contre-balancer nos données mondiales. Toutes les régions ont des marchés différents, et si nos trafics étaient concentrés en une ou plusieurs régions, nos données mondiales seraient affectées de manière inappropriées par ces régions. L'ajustement par pays retire tout favoritisme par région.

C'est absolument critique pour nous pour comprendre ce que représente la part de marché mondiale d'IE afin qu'on puisse mieux servir nos clients. StatCounter, à l'inverse, ne fait aucune balance géographique. Ils rapportent simplement leurs pages vues mondiales de manière absolue. [...]

3. Les visiteurs uniques contre les pages vues absolues. Une dernière différence entre Net Applications et StatCounter est qu'alors que StatCounter rapporte seulement les pages vues sans aucun filtre, Net Applications rapporte les parts de marché basés sur les visiteurs uniques. C'est ce type d'analyse qui leur permets de réaliser des représentations plus précises des habitudes et comportements de navigation en retirant le pré-rendu de Chrome dans le but de séparer les pages vues réelles des pages vues invisibles. C'est également un moyen plus précis de déterminer la vraie utilisation d'un navigateur car elle est moins prédisposée à la fraude. Wikipedia indique que "mesurer l'utilisation de navigateurs par le nombre de requêtes (pages vues) faites par chaque agent utilisateur peut être trompeur." Cela peut mener à une surestimation et même une fraude dans le cas où des bots réaliseraient un nombre important de pages vues.

Alors oui, Firefox est sur le déclin. Oui, Internet Explorer aussi. Oui, Chrome connaît une croissance fulgurante. Mais avant de se précipiter d'annoncer que Chrome est devenu le navigateur le plus utilisé au monde, il est important de comprendre comment les données qui l'affirment sont mesurées.

Apprenez à coder

le Lundi 21 mai 2012 - Réfléxions - 7 commentaires

La semaine dernière, Jeff Atwood (fondateur de Stack Overflow) a initié un débat sur son blog avec un article intitulé "Par pitié, n'apprenez pas à coder" :

La tendance à dire que "tout le monde devrait apprendre à programmer" est tellement hors de contrôle que le maire de New York City a réellement juré d'apprendre à coder en 2012.

Le Maire de New York veut apprendre à coder en 2012

C'est un noble geste pour recueillir les votes de la communauté high-tech de NYC, mais si le maire de New York City a vraiment besoin de taper du code JavaScript pour faire son boulot, c'est qu'il y a quelque chose de profondément, horriblement, terriblement de travers avec les politiques dans l'état de New York. Même si M. Bloomberg "apprenait à coder", avec mes excuses à Adam Vandenberg, je suppose que ça donnerait quelque chose comme ça :
10 PRINT "I AM MAYOR"
20 GOTO 10
Heureusement, les chances pour pour que cette fantaisie technologique arrive, même pour plaisanter, sont nulles, et pour de bonnes raisons : le maire de New York City va on l'espère passer son temps à faire le travail que des employés contribuables le payent pour faire à la place. D'après le site du bureau du maire, ça signifie travailler sur les programmes contre l'abstention à l'école, les améliorations des transports publics, le budget de la ville pour 2013, et... il faut vraiment que je continue ?

Pour ceux qui soutiennent que programmer est une compétence essentielle que nous devrions enseigner à nos enfants, au même titre que la lecture, l'écriture, ou l'arithmétique : pouvez-vous m'expliquer en quoi Michael Bloomberg serait meilleur à son travail quotidien de gestion de la plus grosse ville des USA s'il se réveillait un matin en étant un as du développement Java ? Il me semble évident qu'une lecture expérimentée, une écriture expérimentée, et au moins un niveau lycéen en mathématiques sont fondamentaux pour réaliser le travail d'un politique. Ou n'importe quel travail, pour ce que ça vaut. Mais comprendre des variables et des fonctions, des pointeurs et la récursivité ? Je ne vois pas.

Forcément, les réponses ont été vives et nombreuses. J'ai retenu notamment celle de Sacha Greif, webdesign Freelance : "Par pitié, apprenez à coder".

"Apprendre à coder" ne veut pas forcément dire devenir le prochain Linus Torvalds, tout comme "apprendre à cuisiner" ne veut pas dire ouvrir un restaurant 3 étoiles.

Ça veut simplement dire avoir une compréhension basique du fonctionnement des ordinateurs plutôt que suivre aveuglément ce que vous dit un trombone qui parle (et peut être finalement être capable de programmer vos propres trombones qui parlent).

Si le premier article est particulièrement tranché, je reste persuadé que l'apprentissage de la programmation devrait être aujourd'hui obligatoire à l'école. Pas au même titre que la lecture, l'écriture ou les mathématiques. Mais au même titre que l'histoire, la géographie, la physique, la chimie, l'économie, ou la philosophie. Vous ne deviendrez pas un grand historien, chimiste ou philosophe en vous contentant des cours donnés au collège et au lycée. Mais aussi barbants que certains de ces cours ont pu vous paraître à l'époque, ils ont contribué à votre culture générale, et à la façon dont vous appréhendez et comprenez le monde qui vous entoure.

S'il me paraît important pour un quidam d'avoir des notions basiques en programmation, cela me semble carrément indispensable pour quelqu'un qui travaille dans le web. Mais c'est souvent loin d'être le cas chez les chefs de projet et les graphistes.

Chez Pixar, tous les employés sont invités à apprendre à dessiner :

Grâce à l'Université Pixar, les employés apprennent à voir le travail de la société (et de leurs collègues) sous un nouvel angle. "Les compétences qu'on développe sont des compétences dont nous avons besoin partout dans l'organisation. Pourquoi enseigner le dessin à des comptables ? Parce que des cours de dessin n'apprennent pas seulement aux gens à dessiner. Ça leur apprends à être plus observateurs. Il n'y a aucune société sur Terre qui ne bénéficierait pas d'avoir des employés plus observateurs."

En apprenant à coder, vous n'apprenez pas seulement à coder (même si c'est plutôt cool). Vous apprenez à résoudre des problèmes. Je ne pense pas qu'il y ait une société sur Terre qui ne bénéficierait pas d'avoir des employés plus doués pour résoudre des problèmes. Ça vaut donc également pour le maire de New York.

Mais trop souvent, j'ai le sentiment que l'ignorance de la programmation parmi les chefs de projet web ou les graphistes est due à un total mépris du métier. "Je suis directrice artistique, je ne me vois absolument pas me lancer dans du développement JavaScript" (entendu à Paris Web, à 38min).

Quelque soit votre métier, vous devez être curieux, et ne jamais rechigner à apprendre quelque chose de nouveau. Récemment lues sur Reddit, je cautionne particulièrement ces paroles de Neil deGrasse Tyson :

Je suis poussé par deux philosophies principales. En savoir plus aujourd'hui sur le monde que j'en savais hier. Et en chemin, diminuer la souffrance des autres. Vous seriez surpris jusqu'où cela peut vous mener.

Ce serait hautain et condescendant de ne pas vouloir apprendre à cuisiner ou de ne pas vouloir apprendre une nouvelle langue.

Je pense que c'est hautain et condescendant de ne pas vouloir apprendre à coder. C'est décrédibilisant pour vous en tant que professionnel du web. C'est décrédibilisant pour vous en tant qu'être humain.